En bref :
- La viscose est une fibre artificielle : de la cellulose végétale, surtout de pâte de bois, dissoute puis refilée. Le règlement européen n° 1007/2011 la range au numéro 25 de sa liste, parmi les fibres manufacturées.
- Son taux de reprise d’humidité conventionnel est de 13 %, contre 8,5 % pour le coton et 1,5 % pour le polyester : c’est une fibre absorbante, fraîche, au tombé fluide.
- Le modal et le lyocell sont aussi de la cellulose régénérée. Le lyocell se fabrique sans disulfure de carbone, avec un solvant récupéré à 99 % environ.
- Les fibres cellulosiques artificielles ont représenté 8,4 millions de tonnes en 2024, soit 6 % de la production mondiale de fibres.
La viscose est une fibre artificielle. Sa matière première est naturelle : la cellulose du bois, parfois du bambou ou d’autres végétaux. Mais cette cellulose est dissoute dans un bain chimique, puis refilée en usine. La viscose n’appartient donc pas aux fibres naturelles comme le coton ou la laine, et pas davantage aux fibres synthétiques comme le polyester, qui naissent d’un polymère de synthèse. Elle forme une troisième famille, avec le modal, le lyocell et le cupro. Sur l’étiquette, le droit européen lui réserve un nom à part, défini par son procédé de fabrication.
Viscose, coton, modal, lyocell, polyester : le tableau comparatif
| Fibre | Famille | Matière de départ | Définition du règlement européen | Reprise d’humidité conventionnelle |
|---|---|---|---|---|
| Coton | naturelle | capsule du cotonnier | fibre prélevée sur la plante | 8,5 % |
| Viscose | artificielle | cellulose, surtout de pâte de bois | cellulose régénérée par le procédé viscose, en filament ou en fibre discontinue | 13 % |
| Modal | artificielle | cellulose | procédé viscose modifié, résistance et module élevés à l’état mouillé | 13 % |
| Lyocell | artificielle | cellulose | dissolution dans un solvant organique, sans formation de dérivés | 13 % |
| Cupro | artificielle | cellulose | procédé cupro-ammoniacal | 13 % |
| Polyester | synthétique | polymère de synthèse | ester d’un diol et d’acide téréphtalique, 85 % de la masse au minimum | 1,5 % |
Sources : règlement (UE) n° 1007/2011, annexe I pour les définitions, annexe IX pour les taux de reprise conventionnels, qui servent au calcul de la composition d’un textile.
Le taux de reprise conventionnel, fixé par l’annexe IX, est l’humidité qu’on attribue à chaque fibre pour calculer les pourcentages d’une composition. C’est aussi un bon repère d’absorption : selon ces taux, la viscose retient plus d’humidité que le coton, et près de neuf fois plus que le polyester.
Viscose : définition d’une fibre artificielle
Les fibres textiles se rangent en deux grandes familles. Les fibres naturelles sont récoltées telles quelles sur une plante ou un animal. Les fibres chimiques sont fabriquées, et elles se divisent à leur tour en deux : les fibres artificielles, obtenues par transformation chimique d’une matière première naturelle, et les fibres synthétiques, obtenues par filage d’un polymère, selon la classification des fibres textiles. La viscose est l’exemple type de la fibre artificielle : naturelle par son origine, industrielle par sa fabrication.
Le règlement (UE) n° 1007/2011 le traduit à sa manière. Son annexe I aligne deux tableaux : le premier regroupe les fibres naturelles (laine, coton, lin, soie…), le second les fibres manufacturées. La viscose y figure au numéro 25, définie comme une fibre de cellulose régénérée obtenue par le procédé viscose, pour le filament comme pour la fibre discontinue.
Viscose, rayonne et soie artificielle : un même fil, trois noms
La première « soie artificielle » est l’œuvre du Français Hilaire de Chardonnet, en 1884, à partir de cellulose et de collodion. Très inflammable, elle a été supplantée par le procédé viscose, breveté au Royaume-Uni en 1892 par Charles Cross, Edward Bevan et Clayton Beadle, selon la page consacrée à la viscose. La première production commerciale démarre en 1905 à Coventry. Le nom de rayonne s’impose en 1924. Aujourd’hui, en France, on parle de rayonne pour le fil continu et de fibranne pour les fibres courtes torsadées ensemble.
Ce que dit l’étiquette de composition
En vertu de l’article 14 du règlement, tout textile vendu dans l’Union porte une étiquette de composition. L’article 5 précise que seules les dénominations de l’annexe I peuvent y figurer. Deux conséquences pratiques :
- un vêtement vanté comme « en bambou » ne peut pas écrire « bambou » dans sa composition : si sa fibre est de la cellulose de bambou régénérée par le procédé viscose, c’est le mot « viscose » qui figure ;
- le mot « soie » est interdit pour désigner l’aspect d’un fil continu : « soie artificielle » reste un nom d’histoire, pas une mention d’étiquette.
Le processus de fabrication de la viscose, de la pâte de bois au fil
Le processus de fabrication part de la pâte de bois, dont la teneur en cellulose doit se situer autour de 87 à 97 %. Les grandes étapes, décrites dans la fiche encyclopédique sur la rayonne :
- La pâte est trempée dans de la soude (16 à 19 % en masse) : elle devient de la cellulose alcaline.
- Elle est pressée, déchiquetée en « miettes blanches », puis laissée à mûrir à l’air, ce qui raccourcit ses chaînes moléculaires.
- Le disulfure de carbone, souvent appelé sulfure de carbone, la transforme en xanthate de cellulose, des « miettes jaunes ».
- Ce xanthate dissous dans une solution de soude donne la viscose proprement dite, un liquide épais qu’on laisse mûrir, puis qu’on filtre et dégaze.
- Le filage se fait par extrusion à travers une filière, dans un bain d’acide sulfurique où la cellulose se régénère en filaments.
- Les filaments sont étirés, lavés, puis coupés en fibres courtes si l’on veut une fibranne.
Ce passage par la chimie explique tout le reste : le toucher, la tenue à l’eau, et la question environnementale.
Viscose, modal, lyocell et cupro : quelles différences ?
Les quatre fibres partagent la même matière, la cellulose. Ce qui change, c’est la façon de la dissoudre et de la refiler.
- Modal : le règlement le définit comme une cellulose régénérée par un procédé viscose modifié, avec une résistance à la rupture et un module élevés à l’état mouillé. Concrètement, la fibre est étirée pendant sa fabrication, ce qui aligne ses molécules. Les viscoses à haut module mouillé gardent leurs dimensions et se lavent en machine.
- Lyocell : la cellulose est dissoute directement dans un solvant organique, le N-oxyde de N-méthylmorpholine, sans formation de dérivés et sans disulfure de carbone. Environ 99 % du solvant est récupéré, et la fibre absorbe 50 % de plus que le coton, selon la fiche consacrée au lyocell. Le nom commercial Tencel, propriété de Lenzing, désigne ce type de fibre.
- Cupro : la cellulose est dissoute par un procédé cupro-ammoniacal, à base de cuivre et d’ammoniaque, avant d’être refilée.
Parmi les alternatives à la viscose classique, si vous cherchez une fibre qui supporte mieux la machine, le modal et le lyocell sont les deux noms à repérer sur l’étiquette.
Les propriétés de la viscose : tombé, toucher fluide et absorption
La viscose est douce, lisse et fraîche sur la peau. Son tombé, glissant et souple, la rapproche plus d’un nylon que d’un coton. C’est ce toucher fluide qui en fait la matière des robes portefeuille, des blouses et des pantalons amples : un pantalon large, palazzo ou wide leg coupé dans un crêpe de viscose ondule au pas.
Côté absorption, son taux conventionnel de 13 % la place au-dessus d’une chemise en coton, à 8,5 %. Elle est respirante au sens courant : elle boit la transpiration au lieu de la laisser perler sur la peau. Elle prend aussi très bien la teinture, d’où la richesse des coloris et des imprimés à fleurs ou graphiques proposés en viscose.
Est-ce que la viscose tient chaud ?
Pas vraiment. La viscose isole mal la chaleur du corps, ce qui la rend agréable par temps chaud et humide et fraîche au toucher, selon le manuel de classification des textiles cité par la fiche sur la rayonne. C’est une matière d’été. L’hiver, elle se porte en doublure, en sous-couche, ou mélangée à de la laine.
Crêpe, satin, twill, jersey : les tissus en viscose
La même fibre change de visage selon le tissage :
- crêpe de viscose : grain légèrement granuleux, tombé lourd, idéal pour les robes et les pantalons fluides ;
- satin de viscose : face brillante, pour les chemisiers et les jupes ;
- twill de viscose : diagonale marquée, un peu plus de tenue pour les chemises ;
- jersey de viscose : maille souple pour les t-shirts et les robes près du corps ;
- velours : le velours peut être tissé en viscose, comme pour une robe en velours au reflet profond.
Rétrécissement et froissement : pourquoi la viscose bouge au lavage
Le rétrécissement est le grand reproche fait à la viscose. Il a une cause physique. La viscose classique a la reprise élastique la plus basse de toutes les fibres, et sa tenue chute une fois mouillée. Un manuel de référence en textile recommande même le nettoyage à sec pour la viscose ordinaire, alors que les viscoses à haut module mouillé, comme le modal, passent en machine (fiche sur la rayonne). Mal traitée en machine, une pièce en viscose classique peut rétrécir ou se déformer. Les viscoses à haut module, elles, gardent leurs dimensions une fois mouillées.
Le froissement suit la même logique : peu élastique, la viscose marque les plis. En contrepartie, elle ne feutre pas, à la différence de la laine. Le rétrécissement d’une viscose n’a donc rien à voir avec celui d’une laine bouillie, volontairement feutrée par la chaleur et le frottement.
Un conseil pour les couturières : lavez votre tissu au mètre avant de le couper. Le retrait se fait sur le tissu, pas sur le vêtement fini.
Entretien d’un vêtement en viscose : la méthode
Pour l’entretien au quotidien, la règle tient en quelques gestes :
- Lisez l’étiquette : ses symboles suivent la norme internationale ISO 3758. Une mention « nettoyage à sec » se respecte.
- Lavez à froid ou à 30 °C au plus, à la main ou en cycle délicat, vêtement retourné dans un filet.
- Ne tordez pas la pièce mouillée : c’est le moment où la fibre est la plus fragile.
- Pas de sèche-linge pour une viscose classique. Séchez à plat les mailles, sur cintre les chemises et les robes tissées, à l’ombre.
- Repassez légèrement humide, sur l’envers, au fer à deux points (150 °C au plus selon la norme ISO 3758). La viscose supporte la chaleur, à la différence de l’acétate qui fond.
Comme pour un pull, ces gestes rappellent ceux du guide cachemire ou mérinos : eau tiède, pas de torsion, séchage doux. Les causes diffèrent, le résultat est le même : un vêtement qui garde sa taille.
La viscose est-elle écologique ?
La réponse est nuancée, et elle dépend surtout de l’usine. Trois points se mesurent.
Le procédé chimique. Le disulfure de carbone utilisé pour la viscose est classé par l’INRS parmi les substances susceptibles de nuire à la fertilité et au fœtus, avec un risque avéré d’effets graves sur les organes en cas d’exposition prolongée. Dans les années 1930, des études ont constaté des atteintes à la santé chez 30 % des ouvriers américains de la rayonne. Les rejets de ce polluant ont été estimés à environ 250 g par kilo de rayonne en 2004 ; la récupération sur charbon actif les réduit d’environ 90 %, selon la fiche sur la rayonne.
La forêt. La pâte de bois pose la question de la déforestation quand le bois provient de forêts mal gérées. Le label écologique de l’UE pour les textiles fixe des repères : 25 % des fibres de pâte au minimum issues de forêts gérées durablement, le reste de sources légales, 50 % de la pâte au minimum issus d’usines qui valorisent leurs liqueurs usées, et 30 g de soufre rejeté dans l’air par kilo de fibre discontinue au plus, en moyenne annuelle.
La fin de vie. La viscose reste de la cellulose. Une équipe de l’université d’État de Caroline du Nord a mesuré que les tricots à base de cellulose relâchaient 0,2 à 4 mg de microfibres par gramme au lavage accéléré, contre 0,1 à 1 mg pour le polyester (Marine Pollution Bulletin, 2019). Mais les fils de rayonne se sont biodégradés à plus de 70 % dans une eau de lac et à environ 50 % dans l’eau de mer, quand le polyester ne se dégradait pas de façon notable (Marine Pollution Bulletin, 2020).
À l’échelle mondiale, les fibres cellulosiques artificielles ont atteint 8,4 millions de tonnes en 2024, soit 6 % des 132 millions de tonnes de fibres produites, loin derrière le polyester et ses 59 %, selon le rapport de Textile Exchange relayé par la plateforme européenne de l’écosystème textile. Pour une viscose plus écologique, cherchez sur la fiche produit le label écologique de l’UE, une certification forestière FSC ou PEFC, ou passez au lyocell.
Bien choisir un vêtement en viscose
- Pour l’été : une viscose 100 %, en crêpe ou en twill, pour sa fraîcheur et son absorption.
- Pour un lavage facile : du modal ou du lyocell, les deux alternatives qui tiennent le mieux à l’eau.
- Pour une robe habillée : satin ou velours de viscose, à confier au pressing si l’étiquette le demande.
- Pour commander en ligne : une viscose classique peut perdre un peu de longueur au premier lavage ; gardez sous la main la correspondance des tailles femme et comparez les mesures du guide de la marque avant de choisir entre deux tailles.
Dernier réflexe : retournez l’étiquette avant d’acheter. « Viscose », « modal » ou « lyocell », ces trois mots racontent trois fabrications différentes, et trois façons de laver le vêtement.
